Immédiatement, il est confronté aux difficultés matérielles élémentaires : « Apparemment, j'allais être contraint de m'adresser aux très pauvres pour me nourrir. Les très pauvres constituent la dernière ressource assurée du vagabond affamé. On peut toujours compter sur les très pauvres. Jamais ils ne repoussent ceux qui ont faim. » Bien qu’il n’ait jamais demandé à quiconque de le nourrir, il apprend rapidement à raconter des histoires en mendiant : « J'ai souvent pensé que c'est à cet entraînement de mes jours de vagabondage que je dois dans une large mesure d'avoir réussi comme conteur. » Il brosse bien sûr le portrait de quelques spécimens rencontrés et relate moult anecdotes sur l’abordage des convois, les efforts des personnels pour le « balancer » au fossé, les ruses pour déjouer leur surveillance, les conditions de voyage souvent pénibles. Arrêté, jugé et emprisonné, il rapporte l’arbitraire de son procès et le quotidien du pénitencier.
À l’aide d’anecdotes et de souvenirs, London présente aussi la culture des hobos : leurs surnoms, les inscriptions sur les piliers des citernes d’eau, véritables « annuaires des vagabonds », leurs rites d’initiation,… Pendant un temps, il fréquente une « arrière-garde » de « l’armée du général Kelly », comprenant deux milles vagabonds et en donne un récit particulièrement épique.
Chronique autobiographique, écrite dans un style particulièrement truculent, des quelques années d’une expérience fondatrice. Témoignage de première main sur le quotidien des voyageurs du rail. En s’employant à noter ses impressions, Jack London a développé son talent d’observateur puis, en les mettant en forme, a affiné sa virtuosité à nous embarquer dans ses récits.
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
LE TRIMARD
Jack London
Dessins de Simon Roussin
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Chénetier
208 pages – 22 euros
Éditions Gallimard – Collection « Le sentiment géographique » – Paris – Avril 2026
www.gallimard.fr/catalogue/le-trimard/9782073152787
Du même auteur :
Voir aussi :