Les générales d’apê musa

Par BKaernel , 24 février 2026
Les générales d’apê musa

Image retirée.Loez a rencontré Gülsen Koçuk, Medine Mamadoğlu et Öznur Değer, trois femmes journalistes au sein de JinNews, un média qui couvre les actualités dans la partie du Kurdistan colonisée par la Turquie, le Bakur.

Medine raconte qu’elle n’a jamais voulu devenir journaliste mais qu’à la suite d’un attentat à la bombe pendant un meeting du HDP, elle a eu « le sentiment intense qu[‘elle] devai[t] faire quelque chose pour la paix et pour les gens ». C’est après avoir été arrêtée à 17 ans puis avoir passé quatre années en prison qu’Öznur, a décidé d’écrire et de faire connaître ce qui se passait entre les murs. « La phrase d’Ibn Khaldoun, “la géographie est le destin“, prend ici tout son sens. La géographie est vraiment une fatalité et, de ce fait, plus qu'un choix, c'était pour moi une obligation, une responsabilité morale. C'est comme ça que j'ai démarré le journalisme en 2019 », explique-t-elle. Gülsen a rejoint l’agence d’information des femmes JinHa après des études de sociologie.
Toutes trois présentent ce média, composées uniquement de femmes, sans hiérarchie et qui se transmettent leurs savoir-faire les unes aux autres. À la différence des médias mainstream qui assignent une certaine place aux femmes, elles cherchent à faire entendre leurs voix, à montrer leur travail invisible, la violence qui s’exerce contre elles. Elles rapportent aussi les pressions et la répression qu’elles subissent à la suite de leurs reportages. « C'est très important de montrer ce que les gens veulent rendre invisible, en particulier les politiques du système, du gouvernement, de l'État. Ça me semble être une façon de lutter à part entière. Le reste ressemble à des relations publiques », explique Medine. Öznur, elle, « considère le journalisme comme un travail idéologique, au-delà d'une simple profession. Nous sommes les précurseurs de la construction sociale. » Elle ajoute que « le journalisme est aussi pour moi un moyen d'autodéfense dans le cadre de la lutte kurde ».
Elles évoquent également les « traumatismes secondaires » que constituent ces histoires qu’elles recueillent et transmettent, les blessures qui les affectent sur le plan émotionnel et psychologique. 

Ces entretiens permettent de saisir l’enjeu d’une information libre et les dangers à la diffuser face à la répression de l’État turc. Loez a su s’effacer complètement pour laisser la paroles à ces trois journalistes, tout en organisant leurs propos par thématiques.

Ernest London
Le bibliothécaire-armurier

 

LES GÉNÉRALES D’APÊ MUSA
Paroles de femmes journalistes kurdes en Turquie
Propos recuillis, traduits et édités par Loez
62 pages – 7 euros
Éditions La Ronce – Toulouse – Novembre 2025
www.helloasso.com/associations/la-ronce-editions/boutiques/catalogue

 

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